Vous êtes ici:

Méthodologie pour une conduite de projet

CA et directeur : quelles relations ?

Le rôle du directeur de centre social

Bandes de filles

Les fossoyeurs du social

La réforme des diplômes de l'animation

Prévenir ou stigmatiser ?

L'invention de l'adolescence

L'esprit de Mai 68 is dead ?

Hypothèse pour une alternative... ou charabia ?...

Une politique culturelle territoriale

Quel est le rôle d'un animateur ?

Une politique jeunesse municipale

La culture "hors-les-murs"

Mettre en oeuvre une politique jeunesse : quels en

Les pratiques amateurs

Obéir ou vivre libre ?

Qui était Saul Alinsky ?

Les 57 propositions du Livre vert (1)

Retour sur octobre 2005

Le couvre-feu pour les mineurs

Faut-il payer les élèves ?

Politique de la ville

Anthropologie urbaine

Identité nationale

Rechercher:

Général:

Page d'accueil

Débattre de l'identité nationale

Le débat est lancé, d'abord via les médias, puis relayé par les préfectures, dans un contexte de repli communautaire suisse, qu'est-ce qu'être français ? La belle affaire ! Et d'entendre dans les débats quelques inepties sur un supposé bloc national qui perdurerait depuis des siècles et ne pourrait bouger de son socle. Laissez moi vous narrer un souvenir scolaire du primaire : à cette époque, je me suis vu désigné par notre institutrice, comme étant le "responsable" de la carte de France. Cette dernière, accrochée au mur, était constituée de différentes parties amovibles, que l'on enlevaient ou replaçaient en fonction de notre avancée dans l'histoire de notre pays. J'ai donc rapidement pris conscience que la France n'avait été qu'il y a peu de temps cette représentation territoriale hexagonale, car entre le royaume de Bourgogne, la Flandre, le marquisat de Gothie, le comté de Bretagne, et ma Lorraine (qui fut la dernière à devenir française à la mort de Stanislas, ce qui fait qu'en Lorraine, nous ne sommes français que depuis moins de 250 ans, et encore, je ne décompte pas la période où nous fûmes allemand...), la France, celle du roi, n'était à une époque qu'une petite province allant d'Orléans, en passant par Paris pour se terminer à Reims. Voilà pour le côté territorial. Mais la nation, c'est aussi parler la même langue. Cela est le cas depuis longtemps en France... Sauf en Bretagne qui jusqu'au début du XXème siècle parlait encore couramment gallo (et aujourd'hui on affiche le nom des communes en Breizh), sauf au pays Basque où dans certaines vallées, il fallut là-aussi attendre le développement du réseau routier pour entendre parler français régulièrement, sauf en... Bref, l'unité supposée en prend un coup. Certes, la langue française fut imposée en 1539 par François 1er, mais uniquement pour les actes administratifs ; ce qui supposait bien que des langues régionales, voire locales, existaient. En 1794, l'abbé Grégoire (un lorrain), remarquait que sur les 83 départements français de l'époque, seuls 15 utilisaient uniquement le français. Ce n'est même qu'en 1992 qu'apparait à l'article 2 de notre Constitution l'affirmation suivante : "La langue de la République est le français." !!! D'après Wikipédia, 13% des mots de la langue française seraient d'origine étrangère, principalement anglaise et italienne. Autre indice de modération à une thèse figée, ce sont 200 millions de personnes dans le monde qui utilisent le français ! Cela ayant forcément une influence culturelle sur notre langue.

Puisque l'on parle de mots, évoquons un instant le terme identité. Ce terme découle d'identique, mais comme souvent dans notre langue, plusieurs sens, trois, peuvent lui-être imputés :

- Caractère de deux ou plusieurs êtres identiques.
- Caractère de ce qui, sous des dénominations ou des aspects divers, ne fait qu'un ou ne représente qu'une seule et même réalité.
- Caractère de ce qui demeure identique ou égal à soi-même dans le temps.

Accolé aux définitions de nation, aucun doute n'est permis :

- Groupe humain, généralement assez vaste, dont les membres sont liés par des affinités tenant à un ensemble d'éléments communs ethniques, sociaux (langue, religion, etc.) et subjectifs (traditions historiques, culturelles, etc.) dont la cohérence repose sur une aspiration à former ou à maintenir une communauté.

Il n'existe pas, hormis chez ceux qui prétendent en débattre aujourd'hui, de vision monolithique de l'identité nationale. Et heureusement, car ce serait nier l'Histoire, et d'un simple point de vue génétique, nous en serions rendu, toutes frontières fermées, à un groupe d'imbéciles congénitaux.


La patrie, c'est le sang des autres

Francis Jeanson, philosophe français.

L'Histoire, donc, démontrera à ceux qui en doute, que notre nation a été construite par nombre d'étrangers qui avaient en commun d'aimer ce pays et ce qu'il représente. Toute la période révolutionnaire, de 1789 à 1968, a été marquée par l'apport d'esprits et de bras armés immigrés quant il fallait défendre ce pays contre des tentatives totalitaires internes. La Commune de 1871 en est le meilleur exemple, et certains débats qui sont toujours présents comme le droit de vote des étrangers, découle en droite ligne de leurs propres "utopies". Un des personnages les plus représentatifs de mai 68 fut un allemand, Daniel Cohn Bendit...
Contre les agressions externes, la France a toujours pu compter sur ses colonies et sur nombre de volontaires étrangers pour la défendre. Ceux qui aujourd'hui voudraient suivre l'intolérance suisse concernant les minarets, et donc contre les immigrés, seraient bien inspirés d'aller visiter les cimetières militaires et leurs carrés musulmans... La reconquète de la France face aux nazis à commencé par la mobilisation de noirs, de musulmans, de maghrebins, pour sauvegarder une liberté qu'aujourd'hui certains voudraient bafouer et leur dénier. Honte sur eux. L'Histoire, toujours elle, pourrait rappeler comment la Normandie fut créée par un Viking (Rollon), comment la France fut sauvée par une Lorraine (qui n'était alors pas française), comment un italien d'origine corse devint Napoléon, comment le général Yussuf combattit Abd-el-Khader, comment Zidane remporta la Coupe du Monde en 98 ;))) Histoire dont il faut aussi se méfier, car elle a toujours été écrite par les vainqueurs ; donc souvent ré écrite. Si vous passez par Alise Sainte Reine, en Bourgogne, un des lieux présumés comme étant le lieu du siège d'Alésia, vous ne pourrez pas rater l'immense statue de Vercingétorix édifiée par Napoléon III qui voulait symboliser ainsi la naissance de la nation française. C'est bien sûr historiquement faux, et cette manipulation ressemble à celle qu'un personnage identique d'aujourd'hui, plus agité qu'efficace, plus cajoleur que véritablement politique, tente de nous imposer en détournant certains symboles de leur dimension première... L'Histoire démontre aussi comment l'immigration fut choisie, encouragée, car les soldes de natalité dans de nombreuses régions étaient négatifs. Il manquait également de bras pour l'industrie en développement, comme dans la vallée de la Seine (Mantes la Jolie, Les Mureaux...) pour l'industrie automobile. Bref, à chaque fois, pour notre confort futur, l'étranger, l'autre, fut toujours là.

Mais ce serait une erreur d'entrer dans ce débat sur l'identité nationale en ayant uniquement en tête la place de l'immigré et de ses enfants. Tous les français ont une double culture, d'abord celle qu'ils acceptent en vivant ici avec des droits et des devoirs ; mais aussi celle qu'ils apportent. Et cette dernière peut venir des régions, comme elle peut venir d'autres pays. Que l'on soit ou non français n'est pas si important. Preuve en est que des Bretons ou des Basques continuent à réclamer l'indépendance... Personnellement je considère que j'ai moi aussi une double identité culturelle, la française, mais aussi ma culture lorraine. En quoi consiste cette dernière ? A part le respect de quelques traditions (St Nicolas principalement) et une gastronomie spécifique, il s'agit surtout de la conscience d'être issu d'une terre qui fut longtemps étrangère à la France, qui donna nombre de généraux d'Empire, qui fut souillée par le sang de trois guerres, qui vit ses fils parfois balayés aux quatre vents (les "Malgré-nous)... J'accepte donc mon identité française en ayant la conscience du tribu payé par mes ancêtres, ce qui fait de moi un citoyen qui veille et qui se pose des questions sur cette identité justement. Je suis, comme des milliers d'autres anonymes, le socle, le fondement de cette nation, et à ce titre, je n'oublie pas les sacrifices et les apports des uns et des autres. J'ouvre pleinement ce socle à d'autres, en espérant qu'ils s'en imprégnent et prennent le relais. Que leurs parents soient venus d'ailleurs, Maroc, Algérie, Sénégal, Tchad... Peu m'importe, c'est la vision qu'ils ont de ce pays qui m'intéresse. Comme l'a écrit St Exupéry, "aimer, ce n'est pas se regarder dans les yeux, c'est regarder dans la même direction". Et puis il faut savoir d'où l'on vient, pour savoir où l'on va. C'est aussi pour cela qu'il faut résister à certaines volontés de substiliser notre savoir et notre mémoire ; dernier exemple en date : la suppression de l'enseignement de l'histoire/géographie du tronc commun des lycéens, ce serait un pas certain vers une dérive totalitaire possible, et c'est là qu'il faudrait trembler pour notre identité nationale... "L'ennemi" est parfois intime.