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En neuf points

Qu’est-ce qui spécifie une politique jeunesse territoriale ? Neuf indicateurs possibles, mais qui nécessite que l’on considère les jeunes comme une ressource pour l’avenir et non un problème...

Un(e) élu(e) à la jeunesse (ou à la culture et non aux quartiers ou autre appellation qui laisse présager d’un traitement quelconque et non d’une prise en compte globale de la jeunesse…) pleinement reconnu et choisi, non en fonction de son jeune âge (c’est souvent le "benjamin" qui est choisi et qui peine toujours à imposer ses vues auprès des autres conseillers), mais de sa vision de l’avenir pour la jeunesse de sa commune. Quelqu’un en capacité d’être reconnu par le monde associatif , la jeunesse de la ville, et par l’équipe d’animation. Il faut également que cet élu(e) soit initiateur d’une commission ou d’un travail régulier en bureau d’adjoints. S'il (ou elle) en plus il a cette charge en qualité de premier adjoint ou en qualité d'adjoint à la culture, c'est qu'un choix opérationnel clairement établi en direction de la jeunesse aura été fait par la municipalité.

Cibler un territoire, une classe d’âge et un axe de travail. Trop souvent les communes se contentent d’ouvrir des équipements sans vraiment définir ce qu’elles veulent y faire; On y place des animateurs qui attendent le public et qui vont créer des projets au gré des demandes ou de leurs idées. C'est parfois pertinent, mais est-ce vraiment une méthode ? Car on se retrouve ainsi avec des locaux n’accueillant qu’un profil de jeunes (alors qu'il faut tenir compte des différences de générations, du sexe, des origines sociales, la sociologie démontrant depuis longtemps que les fonctionnements et attentes ne sont pas les mêmes entre enfants, adolescents et jeunes adultes), très souvent issus d’un seul territoire (le quartier), avec un projet éducatif qui tourne en rond et ne résiste pas à une évaluation sérieuse. Définir le public, et donc toutes ses composantes, c’est garder en tête l’impératif de la mixité et de l’accès au service public. Définir en plus un axe de travail (culture, citoyenneté, éducation, insertion professionnelle...) c’est éviter de se disperser (tendance naturelle des animateurs) et de travailler dans une logique de projet, avec un but à atteindre, des moyens pour y arriver, des échéances posées dans le temps et une possibilité d’évaluation et de feed-back.

Un budget digne de ce nom, qui ne soit pas celui dans lequel on sabre en cas de besoin. La part de la jeunesse dans les budgets municipaux est en hausse, mais cela reste à relativiser dans certains cas. Le retour à l’intervention publique à défaut de signer une Délégation de Service Public avec des associations fait fortement augmenter les budgets, mais n’indique pas une revalorisation de l’action d’animation pour autant. Point très important concernant le budget, une provision permettant d'apporter des aides financières (ou des bourses) permettant à des jeunes ayant des projets de vie concrets de pouvoir être autonome (sommes inscrites au budget annexe d'un CCAS par exemple).

Une équipe professionnelle (BPJEPS, DEFA, DUT et autres diplômes au-delà du niveau V) qui ne soit pas simplement issue de la « politique des grands frères ». Equipe bénéficiant d’un budget formation, ; budget lui-même géré par un DRH qui connaît les spécificités de ce métier et saura aller au-delà de la simple formation BAFA. Il faut également penser la formation des autres acteurs du terrain, qu'ils soient territoriaux ou pas, car il est urgent de casser les clivages entre service public et secteur associatif.

Une transversalité réelle entre les différents acteurs de la ville, partant du principe que le territoire est l’espace de vie des jeunes avec toutes leurs problématiques. Une politique jeunesse doit donc tendre à couvrir tous les aspects de la vie du jeune, sachant qu’ils sont tous différents et que ne doit pas être prise en compte que la prévention. Cela dit, la transversalité c’est un peu la tarte à la crème des collectivités. Souvent énoncée, rarement pratiquée. Il ne suffit pas de dire « il faut communiquer entre nous et voir ce que nous avons en commun » si les interlocuteurs ne sont pas convaincus de cette transversalité. Laissons les séances de "rencontring" aux "spécialistes" du management et menons cette transversalité dans une logique de conduite de projet. L'idéal ? Un Directeur Général Adjoint en charge uniquement de cette l'organisation de cette transversalité. Il faut également sirtir de l'empilement des dispositifs (CUCS, PRE, CEJ...) et arriver à une logique territoriale ou d'objectif qui soit globale avec une instruction des dossiers et des financements dont la source serait unique (guichet unique dans le cadre d'un Projet Social de Territoire par exemple).

Une structure d’information de la jeunesse sur tout ce qui peut concerner ses projets de vie, comme ses loisirs. Le dispositif le plus connu et le plus efficace étant le réseau CIDJ avec ses BIJ et PIJ. Le principal intérêt de ces petites structures de proximité étant de réussir à faire venir presque tous les types de jeunes de la ville à un moment ou un autre. Mais ne pas oublier que la jeunesse n'est pas une impatience folle d'être informée... C'est à dire que des actions d'information, y compris de prévention, doivent se faire si possible là où il y a le plus de jeunes (en établissement scolaire par exemple) ou en association avec d'autres événements.

Un effort d’accompagnement, ou au pire de « laisser vivre » des mouvements d’éducation populaire (ou éducation non formelle) et de la vie associative. Car tout ne peut être géré par la ville (ou autrement dit, par l’institution). Le meilleur moyen d’avoir des citoyens actifs et de les laisser expérimenter par eux-mêmes. Il n'est pas forcément nécessaire de contractualiser avec les associations de quartier (votre club de retraités local signe t-il une convention pour obtenir une subvention ?), mais passer les voir, évaluer avec eux, que les services soient régulièrement présents à leurs côtés est primordial. L'idéal étant une action concertée commune sur un diagnostic partagé, mais la convention qui s'en suit logiquement doit faire état d'un partenariat équitable et ne pas reposer sur les seuls subsides publics (aféodation castratrice de l'association).

Une participation, une place laissée à la jeunesse dans la vie démocratique de la commune en encourageant la participation citoyenne et la consultation dès le plus jeune âge, à travers des CME/CMJ par exemple. Mais surtout, que ces instances ne se transforment pas en objet de découragement... Et ne pas restreindre la réflexion des jeunes aux seuls problèmes de jeunesse. L’émergence des nouvelles technologies et leur parfaite maîtrise par les jeunes, doit encourager la collectivité à mettre en place des outils de communication numériques (sms par exemple). Et bien sûr, de laisser vivre les associations (je vois trop souvent d'ingérence au titre des financements publics) et en accordant des subventions au titre de leur fonctionnement général et non en les contraignant par une contractualisation. Ce qui n'interdit pas d'apporter une deuxième source de financement dans le cadre de projets spécifiques.

Un partenariat actif
avec les institutions couvrant tous les secteurs de la jeunesse au niveau national, régional ou départemental (CAF, Jeunesse & Sports, MSA, Préfecture, ANPE, Mission Locale...). Le monde de l'entreprise ne doit pas non plus être ignoré. La jeunesse traverse quasiment la totalité des compétences et services d'une collectivité ; la mobilisation des acteurs doit donc être représentative de cette transversalité. Ce travail de réseau est incontournable, la reconnaissance qui en découle , ainsi que la multiplication des opportunités d’échanges viendront récompenser un travail de longue haleine... A condition de ne pas transformer cela en usine à gaz !

Une ville qui cumulerait ses neuf points serait à la pointe de la politique jeunesse...