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« Quelle est la première partie de la politique ? L’éducation. La deuxième ? L’éducation. La troisième ? L’éducation.»

                               JULES MICHELET 1798-1874
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Voici sur ce lien la lettre de mission écrite par Nicolas Sarkozy destinée à Madame la Ministre de la Culture, Christine Albanel. Que faut-il lire entre les lignes ?.

Tout d’abord une définition s’impose, celle du mot culture (quand il ne s’agit pas d’agriculture) : ensemble de connaissances et de valeurs abstraites qui, par une acquisition généralement méthodique, éclaire l’homme sur lui-même et sur le monde, enrichit son esprit et lui permet de progresser.

Première réflexion sur cette lettre, son ton très directeur, pour ne pas dire directif, qui semble ne souffrir aucune contradiction alors que certaines assertions mériteraient pour le coup un débat de société préalable. Ensuite, trois choses émergent clairement : un constat d’échec de la démocratisation, une volonté d’inscrire la culture dans l’axe voulu par Malraux et une vision économique très marquée. Autant dire tout de suite ce que j’en pense, cette vision de ce qui peut réunir les hommes est problématique. Si je suis tout à fait d’accord sur la partie exigeant l’enseignement des arts et le développement des pratiques artistiques à l’école, le reste du propos n’évite pas les contradictions. Cela dit, la culture n’a connu jusqu’ici que deux décrets : un sous Malraux, et un autre sous Jack Lang. Au moins cette lettre a t-elle le mérite de poser un certain nombre de directions, et si l’on y adhère pas, il est toutefois possible de s’inscrire dans le propos et de tenter de faire valoir un autre point de vue.

Évoquons déjà cette référence faite à Malraux (et à Jack Lang, sans le nommer) : dans l’esprit d’une génération de français, Malraux reste un grand ministre de la Culture qui avait un projet ambitieux et qui fut à la genèse de la création des Maisons de la Culture (à ne pas confondre avec les MJC), mais sa vision était artistique et très élitiste. S’il y a eu échec de la démocratisation culturelle comme le prétend notre Président, c’est bien sous ce ministre qu’elle a eu lieu. Ce dernier voulait partager les œuvres de l’humanité avec le plus grand nombre, mais sans penser la pédagogie et l’accompagnement. Si les théories de Malraux marchaient, dira Pierre Bourdieu, « les gardiens de musée seraient des gens follement cultivés »… Jack Lang lui aussi sera l’architecte d’une culture axée sur les œuvres et l’excellence artistique, mais cela sera du à une suite d’erreurs méthodologiques. A mes yeux, en tant que professionnel de l’éducation populaire, seul Jacques Duhamel fut un ministre plaçant la culture au cœur de la société, et non à son sommet ; cherchant également à développer les pratiques amateurs et scolaires. On lui doit également des politiques contractuelles permettant de financer l’innovation. Petit clin d’œil ; avant d’arriver à la culture, il était ministre de l’agriculture…

L’échec de la démocratisation appelle déjà une question : cette démocratisation a-t-elle été voulue par les politiques successives ? On peut en douter je pense en relisant Malraux. Dès lors, y a-t-il échec ? La question reste ouverte… Le déséquilibre entre Paris et les régions que croit voir Nicolas Sarkozy me pose également question. J’ai travaillé dans plusieurs régions de France et je n’ai jamais vécu dans des villes exemptes de politique culturelle ; parfois modeste, mais toujours existante : salles de concerts, théâtre, école de musique et de danse, arts plastiques… Certes, l’offre reste à étoffer, mais il s’agirait plutôt à mon sens de laisser vivre les associations capables de cela, et également de soutenir les communautés de communes qui ont une véritable carte à jouer sur ce sujet.

La volonté de proposer une offre qui tienne compte de la demande des publics, voire des non publics, va à l’encontre d’une logique de développement culturel . Bien sûr, il serait alors facile de faire du chiffre, de dégager des marges, pour utiliser un discours d’actualité, mais comment la demande pourrait-elle exprimer une attente de nouveauté puisque que par définition, elle n’en connaît pas ? Quelqu’un de peu cinéphile, par exemple, est-il capable de formuler une demande de cinéma asiatique ? A priori non, car au préalable il faudrait lui avoir fait entrevoir l’existence et la valeur de ce dernier. C’est bien au programmateur de faire l’offre et d’amener le public à s’éclairer sur lui-même, comme énoncé en préambule… Sinon, on propose uniquement de la consommation, voire pire, du clientélisme. Entre élitisme et grand public (sauce TF1 ?), il existe un monde d’équilibre. Quand je vois aujourd’hui certaines scènes nationales (les héritières des Maisons de la Culture chères à Malraux) faire une offre principalement axée sur le jeune public (public captif de l’éducation nationale) pour être sûre de faire des résultats de billetterie honorables, je ne peux que trembler à l’idée de voir ce type de programmation se généraliser. Un peu comme en jeunesse où il suffit parfois d’affréter un bus de 50 places pour aller à Disneyland et contenter des élus peu regardants sur les finalités pédagogiques.

Concernant l’économie, on ne peut qu’apprécier de voir notre Président reconnaître l’apport de la culture à cette dernière. Peut-être même un peu trop, car s’il existe une économie de la culture, cette dernière ne fonctionne pas comme un marché classique (équilibre de l’offre et de la demande), mais uniquement sur le développement de l’offre. Des affaires culturelles, il ne faudrait pas que seul le premier terme subsiste. Mais là ou je suis extrêmement curieux du résultat à venir, c’est en ce qui concerne les musées et leur gratuité, mais sans perdre de recettes ! Sachant que ces établissements ne peuvent vivre sans subventions, s’il n’existe plus de recette de billetterie, et même en faisant recours au mécénat (mais tous les musées nationaux n’ont pas l’aura de Versailles), je ne vois pas comment Madame Albanel va réussir ce tour de force. Mais les sommes en jeu dans ce cas sont moindres que celles de l’industrie culturelle que représentent l’édition musicale et sa production, à travers les droits d’auteurs et les droits voisins. Nicolas Sarkozy attend, sur ce sujet, un véritable plan de sauvetage : montée en puissance d’une offre numérique diversifiée, aide à l’adaptation des structures et des modèles économiques des industries concernées et enfin une prévention et une répression organisée du piratage. Je comprends que l’attrait des subsides de l’industrie du disque attire Bercy, mais pourquoi s’acharner à tenter de sauver un modèle périmé ? La vraie réforme serait d’envisager un accompagnement de ces nouvelles formes de diffusion. Pourtant, il suffit de regarder ailleurs pour voir que de nouvelles alternatives sont possibles : Prince et Radiohead le prouvent ; quant aux droits, de nouveaux modèles commencent à venir chatouiller les plates-bandes de notre poussiéreuse et bureaucratique SACEM, Créative Commons par exemple. La nouvelle économie se fera avec de nouvelles méthodologies... Et puis question « philosophique » : qui faut-il sauvegarder, les artistes ou les multiples relais qui s’engraissent sur leur dos ? Bon, j’exagère un peu... Mais juste un peu. Si les artistes trouvent moyen de diffuser leurs oeuvres sans y perdre, faut-il s’inquiéter des intermédiaires ?

Toujours à propos d’économie, notre président s’inquiète également du taux de TVA des biens culturels consommés par les français. Il faudra donc que le ministère réussi à négocier « le droit pour notre pays d’appliquer un taux de TVA réduit ». Comme pour les restaurants ? L’échec avait pourtant été cuisant...

ICI, SUR CE LIEN, LA CONTRELETTRE ELLABOREE PAR DES ACTEURS DE LA CULTURE...

 

 

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Suite...

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